Écrit par NEWDEAL Havas
Nicolas Narcisse : Repenser le modèle européen : pour un récit économique qui assume enfin le passage à l’échelle
Tribune de Nicolas Narcisse, vice-président exécutif d'Havas Paris et fondateur de #NEWDEAL
L’Europe ne manque ni de talents, ni d’institutions, ni de technologies. Ce qui lui fait défaut, c’est un récit économique cohérent, capable d’unifier ses forces productives et d’assumer un élément devenu structurant dans les industries de pointe : l’échelle. À condition d’être articulée à notre vocation sociale, cette échelle peut devenir le levier d’une puissance collective retrouvée.
Un diagnostic clair : le marché européen est trop fragmenté pour produire des champions
Un récent entretien de Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, dans la Tribune Dimanche, en donne une illustration exemplaire. Elle rappelle que le marché européen des télécoms reste divisé en plus de 40 opérateurs, chacun avec environ cinq millions de clients. Cette dispersion constitue un frein direct à l’investissement dans les infrastructures numériques et dans les technologies de rupture.
Le rapport Draghi parvient à une conclusion similaire : productivité stagnante, insuffisance du capital‑risque, investissements trop dispersés et retard dans les technologies émergentes. Ces faiblesses ne sont pas conjoncturelles : elles tiennent au design même du marché européen, trop fragmenté pour soutenir des stratégies industrielles ambitieuses.
Dans l’intelligence artificielle générative, l’IFRI montre que l’Europe excelle dans l’adaptation sectorielle de l’IA, là où son expertise industrielle crée une vraie valeur, mais peine à se projeter faute de marchés suffisamment intégrés.
L’étude France Digitale confirme que plusieurs segments européens de la chaîne de valeur sont performants, mais sous‑dimensionnés car ils n’accèdent pas à une demande consolidée ni à un financement à la hauteur des enjeux.
Le concept clé du futur modèle européen : un capitalisme d’échelle
Les travaux du think tank #NEWDEAL montrent qu’un nouveau récit doit s’appuyer sur une notion simple : le capitalisme d’échelle.
Ce n’est pas un mimétisme d’autres modèles économiques. C’est la capacité à :
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mutualiser l’investissement,
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consolider les acteurs,
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harmoniser les règles,
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et créer les conditions d’une innovation soutenue.
Dans les industries où les coûts fixes explosent, infrastructures numériques, IA appliquée, énergie, technologies critiques, l’échelle n’est pas un avantage : c’est la condition d’existence.
L’Europe ne souffre donc pas d’un déficit d’innovation. Elle souffre d’un déficit de masse critique.
C’est exactement ce que doivent raconter nos politiques industrielles :
non pas une course à l’autarcie technologique, mais une stratégie continentale de montée en puissance.
Une échelle qui renforce la vocation sociale européenne
Au sein de #NEWDEAL, nous rappelons que le modèle européen repose sur un trait distinctif : la cohérence entre performance économique et cohésion sociale.
Les entreprises européennes contribuent directement à cette cohésion : emploi, formation, ancrage territorial, innovation utile.
Assumer un capitalisme d’échelle, ce n’est donc pas renoncer à notre identité sociale.
C’est donner à ce modèle les moyens de durer.
La préférence européenne, défendue par le Conseil national de l’Industrie, s’inscrit précisément dans cette logique, en devenant un levier stratégique de réindustrialisation et de soutien à nos filières productives dans les secteurs essentiels.
L’échelle ne remplace pas la vocation sociale européenne :
elle l’ancre, la sécurise et la projette.
L’Europe a besoin d’un récit d’échelle, de cohésion et de confiance
Les données, les rapports et les analyses convergent.
L’Europe n’a pas à choisir entre efficacité économique et ambition sociale.
Elle doit choisir l’échelle pour rendre les deux possibles.
Le nouveau récit économique européen, celui que nous explorons au sein de #NEWDEAL , doit articuler trois idées simples : un marché unifié, des filières consolidées, et une cohésion sociale renforcée par la puissance économique.
Un récit qui permette aux entreprises, aux décideurs et aux citoyens de comprendre non seulement comment l’Europe peut redevenir une puissance, mais pourquoi elle doit l’être.