Écrit par Marion Rungette

Vincenzo Vinzi : “L’approche régulatrice du capitalisme à l’européenne doit être transparente et stable pour impulser et protéger l’innovation plutôt que de la freiner.”

Vincenzo Vinzi est le directeur général de l'ESSEC Business school.

Que vous inspire l’idée qu’il existerait un capitalisme spécifiquement européen ? 

 

Moins qu’un capitalisme Européen, il existe un capitalisme à l’européenne. C’est un capitalisme qui n’est pas pratiqué exactement de la même façon à Paris, à Helsinki ou à Naples. Ce qui unit les pratiques du capitalisme dans les différents pays Européens, et les distingue à la fois, ce sont en effet des normes et des cultures. Elles sont le fruit d’histoires différentes, et de décisions politiques, ou plus souvent d’une multitude de décisions prises à différents niveaux, qui orientent les trajectoires de développement. Si l’on prend l’exemple de la réindustrialisation, activité capitalistique par excellence, elle dépend dès lors d’une volonté politique affirmée, d’investissements publics massifs, et d’une vision cohérente entre l’échelon local, national et européen. D’où les difficultés à passer à l’acte, qui est pourtant nécessaire pour saisir l’opportunité offerte par la situation géopolitique, et répondre au besoin de retrouver une souveraineté industrielle européenne.  

 

Quelles en seraient ses caractéristiques et les limites selon vous ? 

 

Le capitalisme à l’européenne est marqué par une approche régulatrice et une ambition protectrice. Cet effort est déterminant lorsqu’il permet de garantir les droits des citoyens ou à stabiliser les marchés pour réduire les aléas inhérents au capitalisme, dont les manifestations les plus spectaculaires sont les krachs boursiers. Le revers de la médaille, c’est que le capitalisme au sein de l’Union européenne peut tomber dans le piège, celui d’une régulation surabondante qui, parfois, freine l’innovation au lieu de la protéger, en dissuadant les chercheurs, les entrepreneurs et les investisseurs de prendre les risques nécessaires. Il y a donc une limite qui tient à la culture d’innovation, mais aussi une question de financement, comme le montre les difficultés structurelles à retenir les starts-ups qui réussissent au moment où elles passent à l’échelle.