Écrit par Marion Rungette

Vincent Dessale : « Les déchets d’aujourd’hui sont la croissance de demain ».

Entretien avec Vincent Dessale, Directeur Général Asie-Pacifique et Directeur Exécutif des marchés et du Développement Commercial de Nexans.

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Vincent Dessale est Directeur Général Asie-Pacifique, Directeur Exécutif des marchés et du Développement Commercial. Avant de rejoindre Nexans en 2001, il occupe différents postes clés en Supply Chain en Europe avant de prendre la direction des opérations pour la Corée du Sud en 2006, puis pour l’Asie-Pacifique en 2009. À partir de 2012 il est basé en Norvège, où il exerce différentes fonctions au sein de l’activité Haute tension sous-marine, dont il devient Vice-président exécutif en 2014.

Vincent Dessale est nommé Vice-président exécutif senior des Systèmes sous-marins et terrestres en février 2018, puis Vice-président exécutif senior de l’activité Bâtiment et Territoires du Nord en décembre 2019, et Directeur des opérations en novembre 2022, avant d’accéder à son poste actuel en janvier 2025.

  1. Dans quelle mesure l’économie circulaire transforme-t-elle les métiers de l’industrie, de la conception aux liens avec les clients ainsi que les territoires ?

L’économie circulaire transforme notre industrie en profondeur. Chez Nexans, nous pensons le câble sur tout son cycle de vie : de la conception à la fin de vie. L’objectif est simple : préserver les ressources dont l’électrification aura besoin demain. 

Concrètement, RecyCâbles, notre joint-venture avec SUEZ, valorise les câbles en fin de vie en France. Le cuivre et l’aluminium sont récupérés et réinjectés dans la production. 

Avec CableLoop, nous allons plus loin. Nous collectons et recyclons les chutes et câbles usagés de nos clients et partenaires, pour alimenter une nouvelle génération de câbles recyclés et bas carbone. 

Nous ne vendons plus seulement un produit. Nous construisons des boucles de valeur avec tout l’écosystème — clients, installateurs, distributeurs, recycleurs, territoires — pour garder la matière dans le circuit le plus longtemps possible. 

Le cuivre est une ressource stratégique pour l’électrification. Cette approche n’est pas qu’environnementale : c’est un enjeu industriel et économique. 

  1. Le recyclage, le réemploi et la valorisation des ressources sont-ils en train de devenir de nouveaux leviers de compétitivité industrielle ?

Les déchets d’aujourd’hui sont la croissance de demain. 

Le cuivre est indispensable à l’électrification. Les besoins vont exploser avec la construction des infrastructures électriques et des réseaux de la transition énergétique. 

Récupérer, recycler, réintroduire ce cuivre dans le cycle industriel : c’est un avantage compétitif direct. Moins de dépendance aux matières vierges, des approvisionnements plus sûrs, un impact environnemental réduit. 

La circularité n’est plus un sujet environnemental. C’est un enjeu de compétitivité, de résilience, et de souveraineté industrielle. 

  1. Qu’est-ce qui, d’après vous, caractérise l’excellence industrielle ? Chez Nexans, ne se définit-elle pas davantage par la capacité à concilier performance économique, durabilité et résilience ?

L’excellence industrielle ne se résume plus à la productivité ou à la performance de court terme. Une industrie performante est une industrie qui crée de la valeur dans la durée. 

Chez Nexans, cela veut dire tenir ensemble plusieurs exigences : performance économique, excellence opérationnelle, innovation, durabilité, résilience, mais aussi proximité avec nos clients. 

Être proche de nos clients, comprendre leurs enjeux et anticiper leurs besoins est essentiel pour continuer à innover et leur apporter les bonnes solutions au bon moment. 

Enfin, l’automation et l’IA ouvrent une nouvelle étape. Leur potentiel ne se limite pas à améliorer la productivité : elles peuvent transformer nos façons de produire, de décider, de maintenir nos équipements et d’anticiper les besoins. L’enjeu est de mettre ces technologies au service d’une industrie plus agile, plus intelligente et plus performante. 

C’est cette capacité à tout tenir en même temps qui définit l’excellence industrielle aujourd’hui. 

  1. Assistons-nous à une réinvention profonde du rôle de l’industriel qui contribue à bâtir les infrastructures du futur ?

Le rôle de l’industriel change en profondeur. Longtemps, l’industrie a produit des équipements pour répondre à une demande. 

Aujourd’hui, électrification, transition énergétique, souveraineté, accès aux ressources : ces défis placent l’industrie au centre de la transformation de nos sociétés. 

Les infrastructures que Nexans conçoit et déploie connectent les énergies renouvelables, modernisent les réseaux électriques, accompagnent l’électrification des usages et soutiennent les infrastructures numériques. 

Notre rôle ne consiste pas seulement à répondre à une demande existante. Nous devons être proches de nos clients, comprendre leurs enjeux et anticiper leurs besoins pour construire avec eux les solutions de demain. 

Cela suppose aussi de transformer nos propres façons de travailler. La mutualisation de nos capacités industrielles, la montée en puissance de l’automation et le déploiement de l’IA nous permettent de rendre notre outil industriel plus agile, plus intelligent et plus résilient. 

L’industriel ne répond donc plus seulement à une demande existante. Il anticipe les besoins futurs, innove avec ses clients, investit sur le long terme et construit les infrastructures qui rendront possible la transformation des économies. 


  1. Comment trouvez un équilibre entre création de valeur à court terme et responsabilité de construire des actifs industriels, technologiques et environnementaux capables de répondre aux besoins des générations futures ?

Un industriel a pour responsabilité de gérer en parallèle trois horizons: court, moyen et long terme. Ils sont à la fois complémentaires et indissociables. 

À court terme, nous devons rester compétitifs et performants. À moyen et long terme, nous devons préparer l’avenir : investir dans nos capacités industrielles, dans l’innovation, dans les compétences et dans la transformation de nos outils de production. 

Ces investissements répondent à une logique économique, mais ils doivent aussi nous permettre d’anticiper les besoins de nos clients et d’accompagner les grandes transformations en cours. 

La responsabilité de Nexans, c’est donc de construire une trajectoire de croissance performante aujourd’hui, tout en créant les conditions de la valeur de demain. 

  1. Dans un monde marqué par les transitions énergétiques, géopolitiques et technologiques, quels sont les investissements qui vous semblent les plus déterminants pour renforcer à la fois la souveraineté industrielle de l’Europe et sa capacité à créer de la valeur durable ?

Pour l’Europe, l’enjeu est d’abord de disposer des infrastructures et des capacités industrielles nécessaires pour accompagner l’électrification. Cela suppose d’investir dans les réseaux, dans la transmission et la distribution, mais aussi dans nos capacités de production. 

Chez Nexans, nous avons par exemple engagé des investissements qui vont permettre d’augmenter de plus de 40 % nos capacités en Europe, pour répondre aux besoins croissants des réseaux de distribution. 

La souveraineté industrielle passe également par la sécurisation des chaînes de valeur et des ressources stratégiques. Le cuivre en est une illustration très concrète. Nous sommes dans une situation de tension structurelle sur cette matière première, alors même que les besoins vont continuer à progresser avec l’électrification. 

C’est tout le sens de notre investissement de 90 millions d’euros à Lens. Il doit permettre d’augmenter de plus de 50 % la capacité de production du site et de recycler jusqu’à 80 000 tonnes de cuivre par an, avec un procédé capable d’intégrer jusqu’à 100 % de métal recyclé. 

Le recyclage n’est donc pas seulement un enjeu environnemental. C’est aussi une réponse industrielle à la sécurisation de nos approvisionnements, à la volatilité du prix du cuivre et à la décarbonation des infrastructures électriques. 

La transition énergétique représente un défi majeur pour l’Europe, mais aussi une opportunité industrielle. À condition d’investir dès maintenant dans les infrastructures, les capacités et les ressources qui permettront de l’accompagner.