Écrit par Marion Rungette
Alain Naef : “L’Europe n’oppose pas la compétitivité à la solidarité : elle les fait marcher ensemble.”
Alain Naef est professeur assistant au département d’économie à l’ESSEC Business School
Que vous inspire l’idée qu’il existerait un capitalisme spécifiquement européen ?
L’idée me semble juste. Il existe un capitalisme européen, fondé sur un équilibre singulier entre performance économique et responsabilité sociale. Ce modèle n’oppose pas compétitivité et solidarité, il tente de les faire avancer ensemble. L’Europe ne cherche pas à aller plus vite que les autres, mais à aller plus loin, sans laisser les plus fragiles de côté. Ce capitalisme est discret, parfois mal compris, mais il offre une réponse profonde à une question simple : à quoi bon créer de la valeur, si elle ne profite qu’à quelques-uns ?
Quelles en seraient ses caractéristiques selon vous ? et les limites aussi éventuellement.
Ce capitalisme se distingue par sa capacité à intégrer l’intérêt collectif dans les décisions économiques. Il repose sur des principes de solidarité, de protection sociale, et d’investissement dans le long terme. Il valorise la cohésion plutôt que l’extinction des plus faibles. Mais il avance souvent à contre-courant des logiques de marché mondial. Il doute, il débat, il hésite. Sa principale limite est là. Il manque parfois de clarté, de narration forte, de capacité à imposer ses propres règles du jeu. Pourtant, dans un monde instable, cette hésitation peut aussi être une force. Elle permet d’éviter les excès, et de bâtir une économie qui tient.