Écrit par Marion Rungette

Clara Gaymard​ : << Il n’est jamais trop tard. >>

Clara Gaymard est co-fondatrice de RAISE.

Interview Clara Gaymard

Elle a été présidente et CEO de GE France de 2006 à 2016, et a auparavant occupé différentes fonctions au sein de la haute administration, notamment celle de Présidente de l’Agence Française pour les Investissements Internationaux. Clara Gaymard est également membre du Conseil d’Administration de LVMH, Bouygues, Sages (Michelin) et Vitalls. Elle a aussi été Présidente du Women’s Forum de 2015 à 2018, et elle est l’auteur de romans et d’essais, dont Faut qu’on parle publié en 2016 et Ma Francigena en 2024. Clara Gaymard et Gonzague de Blignières ont lancé en avril 2018 le Mouvement pour une Economie Bienveillante.

RAISE

Fondé en 2013 par Clara Gaymard et Gonzague de Blignières, le Groupe RAISE est un Groupe pionnier dans la finance engagée. Entreprise à mission dotée d’un modèle unique de partage de la réussite au service des entrepreneurs, RAISE s’organise autour de trois pôles d’activité : des sociétés d’investissement dans les entreprises de toute taille et de tout secteur, des activités d’innovation et une fondation consacrée aux startups et aux associations.

 Comment accueillir ce qui advient sans être prévu ? 

Même dans une vie engagée où l’agenda est organisé, prévu, quelque fois sur du long terme, ce qui est notre lot commun, il est possible de laisser l’imprevu, l’entrevu prendre sa place. Être dédié à la réalisation d’un projet, à un métier, c’est bien, mais laisser une part ouverte à l’inventivité de la vie qui vient  nous provoquer, nous interrompre, nous contrarier parfois, c’est cela être vivant. Savoir que la vie est toujours plus inventive et créatrice que nous-mêmes, et qu’elle vient par un regard, une épreuve, une rencontre, un sentiment, et c’est le fleuve qui change de rive. On peut dire oui, ou dire non, ou ne rien faire. On a le choix.

 Comment construire, bâtir, façonner participent à « l’art de passer ce temps sur terre » ?

Nous passons notre temps à bâtir, façonner mais en réalité cela n’est qu’une des façons de passer ce temps sur terre. Nous sommes formatés pour être efficaces, mais la réalité c’est celle du petit Prince ‘’ l’esentiel est invisible pour les yeux’’ et il est invisibilisé par notre mode de vie

 En quoi les histoires d’enfance sont-elles fondatrices ?

Quand on nous raconte une histoire, quel que soit notre âge, nous nous désarmons. Nous écoutons, nous sommes pris par les personnages, par l’intrigue, on se laisse embarquer. Ce n’est plus le mental, le raisonnable, le rationnel qui prend le contrôle, mais ce que Christian Bobin appelle ‘’ habiter poétiquement le monde’’. Les raisonnements, les explications tombent, seule reste la résonnance. L’écho enfoui en nous qui se réveille à la scène qui se joue devant nous.

Comment saisir au mieux « l’instant qui commence » pour éviter d’arriver à ce qu’il soit trop tard ?

Il est souvent trop tard, il n’est jamais trop tard. Les instants de bascules soit nous les vivons pleinement et c’est après que nous réalisons leur importance, soit ils nous bousculent et si nous savons les voir et les comprendre, nous saurons prendre et saisir la prochaine vague.

Que nous apprennent les enfants – dans ce qu’ils sont et font sans forcément mettre des mots loin des jeux apparences ?

Vivre l’instant présent dans sa simplicité. Sans rien en attendre, ni comme bénéfice ni leçon de vie. Être là, jouer le jeu, pleinement.  C’est cela que j’ai voulu retrouver dans les 47 histoires de bascules. Se laisser prendre par l’émotion, le moment, la rencontre à travers des histoires qui pourraient toutes être vraies, et comme les enfants en tirer des interprétations personnelles.