Écrit par Marion Rungette
Eric DUCOURNAU : << La voie européenne que nous appelons de nos vœux doit (…) protéger sans bloquer, réguler sans étouffer, et surtout créer les conditions d’une compétitivité durable et d’une souveraineté industrielle assumée. >>
Eric DUCOURNAU a rejoint les LABORATOIRES PIERRE FABRE au poste de Directeur de Cabinet du Président en janvier 2000. Il est nommé Secrétaire Général de PIERRE FABRE en 2004, puis Directeur Général Adjoint en mars 2011.
Eric DUCOURNAU a rejoint les LABORATOIRES PIERRE FABRE au poste de Directeur de Cabinet du Président en janvier 2000. Il est nommé Secrétaire Général de PIERRE FABRE en 2004, puis Directeur Général Adjoint en mars 2011. A ce titre, il est notamment en charge des affaires juridiques du Groupe et du market access de l’activité Médicament.
En janvier 2013, Eric DUCOURNAU est nommé Directeur Général de PIERRE FABRE DERMO-COSMETIQUE. Il en devient Président en août 2013 à la suite du décès de Monsieur Pierre Fabre.
En juillet 2018, Eric DUCOURNAU est nommé Directeur Général des LABORATOIRES PIERRE FABRE et continue de présider PIERRE FABRE DERMO-COSMETIQUE.
En juillet 2025, Eric DUCOURNAU est nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.
Il a été Administrateur du Groupe BOIRON de 2005 à 2012, Administrateur et Trésorier du LEEM de 2007 à 2012, et est l’un des co-fondateurs du G5 Santé en tant que représentant du Groupe. Il est Président du Conseil d’Administration de TBS Education (Toulouse Business School) depuis novembre 2025.
Eric DUCOURNAU est âgé de 58 ans (07/12/1967), marié et père de 2 enfants. Il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux et titulaire d’une Maîtrise en droit public.
Comment définissez‑vous votre vision de la voie européenne ?
Je crois profondément que la voie européenne est une opportunité historique – pour nos citoyens, pour nos entreprises et pour notre souveraineté collective. L’Europe ne peut ni se dissoudre dans une logique technocratique, ni s’aligner sur les modèles américain ou chinois. Elle doit affirmer une voie propre, fondée sur l’innovation, la protection, la responsabilité et la performance. Cette voie européenne suppose de redonner du sens au projet commun, de retrouver une ambition stratégique claire et de reconnecter l’Europe aux réalités économiques, industrielles et sociales. Elle doit permettre aux entreprises d’investir, d’innover et de se projeter dans un cadre lisible, stable et compétitif, au service du progrès et de la santé des citoyens.
Quelles sont, selon vous, les caractéristiques de cette voie européenne ?
La voie européenne est une vraie chance, à condition d’en corriger les dérives actuelles. L’excès de normes, l’absence d’une stratégie d’investissement claire et la difficulté à décider à 27 ont progressivement éloigné l’Europe des citoyens et des entreprises. À cela s’ajoute une fragilisation démocratique : manque de transparence, affaiblissement du Parlement, complexité des processus décisionnels. La voie européenne que nous appelons de nos vœux doit être plus stratégique, plus démocratique et plus efficace. Elle doit protéger sans bloquer, réguler sans étouffer, et surtout créer les conditions d’une compétitivité durable et d’une souveraineté industrielle assumée.
De quelle manière contribuez‑vous à préserver la compétitivité française et européenne ?
Nous y contribuons par des actes très concrets. Tout d’abord, les Laboratoires Pierre Fabre sont un acteur qui participe à l’excédent de la balance commerciale de son secteur. Plus de 90 % de nos intrants sont sourcés en Europe, nous investissons plus de 450 millions d’euros par an, et nous assumons une charge fiscale significativement supérieure à celle de nombreux concurrents internationaux. Mais au‑delà des chiffres, nous portons une conviction forte : dans un secteur aussi stratégique que le secteur pharmaceutique, l’Europe doit défendre sa capacité à produire, innover et décider. Nous plaidons activement pour une préférence française et européenne, gage de compétitivité, de résilience et de souveraineté sanitaire. C’est la proposition que nous formons concrètement aujourd’hui avec la création de notre nouveau syndicat Initiative Pharma.
En quoi la gouvernance des Laboratoires Pierre Fabre façonne‑t‑elle votre empreinte sociétale ?
Notre gouvernance s’incarne dans des engagements durables et mesurables. D’abord par l’emploi : nous sommes le premier employeur du Tarn et le troisième de la région Occitanie, avec une responsabilité sociale forte vis‑à‑vis de nos territoires. Ensuite par notre implication dans la vie économique et sociale : qu’il s’agisse du sport de haut niveau avec l’accompagnement d’une équipe de rugby du Top 14 ou d’animer l’écosystème de la santé avec des réflexions stratégiques. Enfin, par une politique de responsabilité sociétale exemplaire et exigeante, menée sans discontinuer depuis 2012. La gouvernance même de l’entreprise reflète une vision de l’entreprise comme acteur responsable, engagé et contribuant à la société.
Vous inscrivez votre action dans le temps long : qu’est‑ce que cela change concrètement ?
Cela change tout. Notre modèle actionnarial, unique en France, nous offre une continuité stratégique exceptionnelle. Dans le secteur du médicament, où les cycles de recherche et de développement sont longs, cette stabilité est fondamentale. Elle nous permet d’investir avec constance, de prendre des risques industriels et scientifiques, et de nous engager dans des projets de long terme, comme les cohortes ALL en dermatologie ou INSPIRE en gérontologie. Le temps long nous donne la liberté de privilégier la valeur durable et l’impact réel, bien au‑delà des logiques de court terme.
Comment placez‑vous l’humain au centre de votre action ?
L’humain est au cœur de tout ce que nous faisons. D’abord par nos métiers : soigner, accompagner, améliorer la qualité de vie place naturellement l’humain et les patients au centre. Ensuite par notre modèle : notre actionnaire majoritaire est une Fondation reconnue d’utilité publique, et nous animons deux fondations d’entreprise – la Klorane Botanical Foundation et la Fondation Eczéma. Enfin, de manière très concrète, par nos engagements envers nos collaborateurs : accès à des traitements contre le cancer, y compris dans des pays où les systèmes de santé sont plus fragiles, accompagnement du retour au travail après la maladie. L’humain n’est pas un principe abstrait, c’est une responsabilité quotidienne au cœur de nos préoccupations.
Comment conciliez‑vous ancrage territorial et ouverture au monde ?
Concilier ancrage et ouverture suppose une volonté déterminée. Être implanté dans un territoire comme le Tarn signifie que rien n’est jamais acquis : infrastructures, accessibilité, attractivité. Il faut se battre pour tout, parfois pendant des décennies, comme en attendant 40 ans une autoroute, ou en se battant pour le maintien d’une ligne aérienne et désenclaver le territoire, y conserver nos usines et y attirer des talents qui à leur tour feront vivre le territoire. En parallèle, nous assumons une ouverture internationale forte, en nous déplaçant beaucoup et en tissant des relations étroites avec les leaders d’opinion mondiaux de nos domaines d’expertise dermo – cosmétique et médicaux, qui viennent régulièrement travailler sur nos sites. C’est précisément cet enracinement exigeant qui donne de la solidité à notre ouverture au monde.