Écrit par Marion Rungette
Sylvain Reymond : << Une entreprise durable est une entreprise capable de réconcilier les différentes formes de performance : économique, sociale, sociétale et environnementale. >>
Sylvain Reymond, est le Directeur général de la Communauté “Les entreprises s’engagent”. Première coalition publique-privée dédiée à l’engagement des entreprises sur les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux, la Communauté "Les entreprises s’engagent" regroupe plus de 110 000 entreprises autour de 14 axes prioritaires (jeunes, handicap, sobriété, etc…) et de 101 clubs départementaux.
Après une première expérience au Cabinet du Président du Département du Puy-de-Dôme, il rejoint le groupe TBWA puis le réseau d’entreprises Les Entreprises pour la Cité. Il dirige plusieurs structures de l’ESS avant de devenir conseiller engagement des entreprises auprès de Thibaut Guilluy, Haut-Commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises (Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion). En avril 2022, il est nommé Directeur Général de la Communauté « Les entreprises s’engagent ». En 2021, il coécrit avec la journaliste Cyrielle Hariel son premier livre Nos raisons d’être : vers une société durable et plus humaine (Éditions Anne Carrière) et co-produit avec elle Objectif Raison d’être sur BFM Business.
La Communauté “Les entreprises s’engagent”
Sylvain Reymond, est le Directeur général de la Communauté “Les entreprises s’engagent”.
Première coalition publique-privée dédiée à l’engagement des entreprises sur les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux, la Communauté « Les entreprises s’engagent » regroupe plus de 110 000 entreprises autour de 14 axes prioritaires (jeunes, handicap, sobriété, etc…) et de 101 clubs départementaux. Grâce à des solutions gratuites d’accompagnement pour les entreprises de toutes tailles, de tous secteurs et de tous les territoires de France, la Communauté accompagne les entreprises et dirigeants pour passer à l’action et s’engager concrètement sur leur territoire.
Si vous deviez définir l’empreinte d’une entreprise, que diriez-vous ?
L’empreinte d’une entreprise se définit par sa capacité à prendre conscience de son impact à la fois environnemental, social et territorial. Cette empreinte dépasse le seul cadre économique. Le partage de la valeur, l’inclusion, la qualité des relations humaines ou encore la capacité à se projeter vers l’avenir, sont autant d’enjeux qui traversent l’entreprise et lui incombent. L’empreinte d’une entreprise dépend largement de la façon dont elle tient compte de cette responsabilité. Dans un contexte parfois difficile, les entreprises ont un rôle particulier à jouer. Elles peuvent être des lieux de stabilité, de confiance et d’utilité collective. Lorsqu’une entreprise prend soin de ses salariés, favorise leur développement et leur donne les moyens de contribuer à un projet qui a du sens, elle exerce une forme de responsabilité citoyenne. C’est en cela que la performance économique ne peut plus être pensée de manière isolée. Une entreprise durable est une entreprise capable de réconcilier les différentes formes de performance : économique, sociale, sociétale et environnementale. Lorsque cet équilibre existe, l’entreprise renforce sa résilience. L’empreinte d’une entreprise, c’est tout ce qui résulte de ce système de création de valeurs et de réinterprétation des logiques business par des pratiques plus engagées.
En quoi est-ce clé de s’inscrire en écosystème ?
La notion d’écosystème est essentielle, elle décrit un ensemble d’acteurs qui partagent un environnement, des enjeux ou des activités communes. J’irai plus loin en y associant celles de territoire et de coalition, qui apportent une dimension supplémentaire. Le territoire permet de dépasser les logiques sectorielles ou d’entre-soi en réunissant des acteurs très différents autour d’une réalité commune et de défis partagés. Quant à la coalition, elle exprime une volonté d’action collective, elle est proactive et définit ce que l’on décide de construire ensemble. Ces notions me semblent particulièrement adaptées aux grands enjeux de notre époque où toutes les solutions viables émanent du local : l’emploi, l’inclusion, la transition écologique ou l’attractivité des territoires. Ils ne peuvent être portés par un seul acteur ou un seul secteur. C’est en cela que réside le sens et la mission de la Communauté “Les entreprises s’engagent”. Notre rôle est de créer les conditions de la coopération entre des mondes qui ont parfois des cultures, des langages et des contraintes très différents : les entreprises, l’État et les associations. Pendant longtemps, ces acteurs ont eu tendance à travailler côte à côte, voire parfois à s’opposer. Nous faisons le pari inverse, celui de la coopération pour démultiplier l’impact au service d’un objectif commun. C’est ce qui constitue l’une des clés des transformations durables que nous devons mener. Et les innovations croisées qui émergent de ces coopérations sont souvent les plus puissantes.
Qu’est-ce qui fait la force d’une logique public-privé ?
La force d’une logique public-privé réside d’abord en sa capacité à réunir deux mondes qui, seuls, sont souvent incomplets. L’État apporte la légitimité, la vision de long terme et la capacité à structurer des politiques publiques à grande échelle. Le secteur privé, lui, apporte l’agilité, la capacité d’innovation et le passage rapide à l’action. Quand ces deux logiques se rencontrent, on dépasse les oppositions classiques. On construit des solutions ancrées dans le réel et capables de se déployer rapidement. La Communauté “Les entreprises s’engagent”, réseau de 110 000 entreprises, groupement d’intérêt public sous la tutelle du Ministère du Travail et des Solidarités, financé par le secteur public et par les entreprises elles-mêmes est la preuve de l’efficacité des partenariats publics-privés. Dans tous les départements de France nous avons un club “Les entreprises s’engagent” : une coalition locale structurée autour d’un triptyque composé d’un dirigeant d’entreprise engagé bénévolement, un référent de l’État issu des services déconcentrés du ministère du Travail et des Solidarités, sous l’égide du Préfet, et un animateur opérationnel porté par une structure implantée sur le territoire. Cette coalition mobilise un écosystème de partenaires publics, associatifs et économiques au service de l’intérêt général. C’est cette alliance qui permet de produire des résultats concrets dans les territoires. La force de cette logique, c’est sa capacité à démultiplier l’impact et à permettre un passage à l’échelle immédiat des innovations de terrain.
Comment embarquer davantage les entreprises ?
Aujourd’hui, je ne sais pas si la question est de convaincre les entreprises de s’engager. Selon le baromètre que nous réalisons chaque année avec Ipsos/BVA, 89 % des dirigeants considèrent que l’engagement est consubstantiel à leur fonction. Le véritable enjeu est donc d’aider les entreprises à passer à l’action, à travailler la profondeur de leurs engagements et à les valoriser spontanément. Les attentes de la société vont dans ce sens. Les collaborateurs sont en quête de sens dans leur travail, les jeunes talents choisissent davantage des employeurs dont les valeurs leur parlent, et les consommateurs sont attentifs à l’impact des entreprises. Cependant, les dirigeants sont souvent confrontés à un manque de temps, à l’isolement ou à la difficulté d’identifier les bonnes solutions. C’est précisément là que nous intervenons en simplifiant leur parcours et en montrant que chaque entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur, peut trouver une forme d’engagement adaptée à sa réalité. Nous croyons à la logique des petits pas et des grandes trajectoires. Nous croyons en cette idée que l’engagement, c’est d’abord du bon sens. Qu’il n’est pas un état que l’on atteint du jour au lendemain, c’est un chemin de progression. La Communauté “Les entreprises s’engagent” propose ainsi deux parcours d’engagement, l’un numérique via la plateforme https://lesentreprises-sengagent.gouv.fr/ où chaque entreprise peut s’informer et s’engager sur des thématiques et l’autre physique via les 101 clubs départementaux et leurs 1600 évènements annuels.
En quoi l’engagement peut devenir un axe stratégique pour l’entreprise ?
Pendant longtemps, l’engagement a été perçu comme un sujet périphérique, déconnecté des enjeux économiques de l’entreprise. Aujourd’hui, nous tentons de démontrer l’exact inverse. L’engagement est un levier stratégique, parce qu’il répond à des défis actuels pour les entreprises : attirer les talents, fidéliser les collaborateurs, renforcer son ancrage territorial ou encore accroître les opportunités de croissance. Les chiffres de notre Rapport d’impact 2022 – 2024 sont éclairants à cet égard. Près d’une entreprise sur deux au sein de la Communauté “Les entreprises s’engagent” déclare être plus performante grâce à ses engagements. Au-delà des chiffres, un changement de regard des dirigeants et dirigeantes est en train de s’opérer. Beaucoup découvrent que l’engagement n’est pas réservé aux grandes entreprises ou à quelques initiatives ponctuelles. Chacun peut agir à son échelle et trouver des solutions adaptées à sa réalité. Les clubs départementaux jouent un rôle clé dans cette dynamique. Ils permettent aux entreprises d’accéder à des actions concrètes. C’est souvent ainsi que l’engagement devient un réflexe de gestion et un véritable facteur de performance durable et globale.
De quelle manière les clubs départementaux participent à la transformation concrète des territoires ?
Les clubs départementaux jouent un rôle essentiel en ce qu’ils permettent la transposition des intentions d’engagement en actions. Lorsqu’un chef d’entreprise rencontre des jeunes en lycée professionnel, lorsque plusieurs dirigeants partagent leurs expériences avec des demandeurs d’emploi de leur territoire ou encore lorsque des représentants d’entreprises se réunissent pour s’informer collectivement, ce sont des opportunités qui se créent, des actes d’engagement facilités. La force des clubs de la Communauté “Les entreprises s’engagent”, réside dans cette capacité à faire se rencontrer des acteurs qui ne se rencontrent pas toujours naturellement.
À l’échelle locale, les besoins sont concrets et les réponses que nous offrons le sont aussi. Chaque territoire a ses spécificités, ses ressources et ses défis, qu’il s’agisse de quartiers prioritaires, de zones rurales ou de bassins d’emploi. Cette implantation, au plus proche des réalités économiques, permet aux entreprises de mieux comprendre leur environnement et d’y prendre pleinement leur place. On observe d’ailleurs que les entreprises engagées dans les clubs recrutent jusqu’à 2,5 fois plus de personnes éloignées de l’emploi. Ainsi, les clubs contribuent à construire des territoires plus inclusifs, plus résilients et, finalement, à renforcer le lien entre l’entreprise et la société… par l’alliance. Cette réconciliation entre ces mondes – que beaucoup veulent encore opposer – est le point de départ de toute transformation positive durable.