Écrit par Marion Rungette
Yann Soubigou : << D’une préoccupation pour demain, [la RSE] devient un réflexe quotidien. >>
Yann Soubigou est Directeur Conseil au sein d'Havas Paris, spécialisé sur les enjeux reporting et la communication RSE.
En tant que Head of sustainability Content au sein de sa division Digital & Content, Yann Soubigou accompagne des nombreuses entreprises de divers secteurs la structuration et la mise en récit de leur démarche de développement durable.
Pourquoi la RSE doit-elle être aujourd’hui un sujet placé au cœur de la gouvernance des entreprises ? Et quelles sont les conditions pour y parvenir ?
Depuis le début des années 2000, la RSE a solidifié sa place parmi les enjeux supervisés au sein des directions des entreprises, essentiellement via deux leviers : la constitution de comités spécialisés au sein des conseils d’administration et de surveillance, et la formation de directions exécutives RSE expertes. Cela a permis de structurer, puis piloter des stratégies et indicateurs de performance RSE dédiés.
Cependant, il faut aujourd’hui aller plus loin et considérer la RSE comme un ensemble d’enjeux affectant toutes les dimensions stratégiques supervisées par la gouvernance : gestion des risques, stratégie financière et opérationnelle, mais aussi politique de rémunération. Sur l’ensemble de ces sujets, l’expertise RSE doit désormais être mobilisée pour éclairer une prise en compte efficiente de l’impact des enjeux de durabilité sur les choix de l’entreprise. La RSE devient ainsi un paramètre systémique dans le management de la trajectoire de l’entreprise.
C’est cette nouvelle donne qui requiert aujourd’hui de repenser la place de la RSE dans la gouvernance : elle ne peut plus rester une démarche cloisonnée, mais doit au contraire devenir un levier intégré de pilotage de la performance de l’organisation.
Est-ce qu’on peut-on dire que la RSE devient un levier de transformation stratégique pour l’entreprise ?
Tout à fait ! On change de paradigme : la RSE ne peut plus (seulement) être une démarche visant à limiter les impacts négatifs induits par les activités de l’entreprise. Je vois aujourd’hui trois dimensions qui positionnent la RSE en levier de transformation.
Premièrement, c’est désormais un prisme indispensable d’analyse de la stratégie et des opérations de l’entreprise, pour s’assurer de leur performance à court et long terme. L’objectif consiste à piloter un ensemble de risques pour déterminer leur impact financier, afin de mettre en place les investissements chiffrés et plans d’action pertinents pour bien gérer ceux-ci. Or, réussir ce pilotage nécessite d’avoir des process efficaces et des salariés formés : la RSE s’affirme ainsi en enjeu de transformation interne majeur des prochaines années pour l’entreprise.
En second lieu, la RSE devient plus que jamais une stratégie d’engagement vis-à-vis des parties prenantes. Apporter des réponses efficaces à des enjeux systémiques que l’entreprise ne peut résoudre seule, comme le changement climatique ou la responsabilité dans les chaînes d’approvisionnement, demande à l’entreprise de dépasser la mécanique traditionnelle d’un dialogue segmenté par type de publics. L’entreprise doit désormais susciter et animer des coalitions d’acteurs très divers (fournisseurs, pairs, ONG, autorités publiques, communautés locales, investisseurs…), mobilisés pour trouver ensemble des solutions.
Troisièmement, la stratégie RSE s’ancre résolument dans le champ du business. Là où on pensait celle-ci pour devenir en acteur responsable, elle est aujourd’hui un vecteur pour développer des offres et solutions qui facilitent la trajectoire de durabilité des propres clients de l’entreprise. La RSE est désormais un moteur essentiel de création de valeur.
Finalement, la RSE devient une boussole du quotidien de l’entreprise, pour déterminer où et comment investir, quelles offres développer, ou encore les stratégies à adopter pour communiquer avec son écosystème. D’une préoccupation pour demain, elle devient un réflexe quotidien.
Comment un rapport RSE / d’impact peut-il refléter cette dimension transformative de la RSE en entreprise ?
La transformation RSE revêt pour l’entreprise plusieurs dimensions complexes : conduite du changement dans l’organisation, fédération de l’écosystème de parties prenantes, évolution continue du modèle d’affaires et de la stratégie. Élaborer un rapport RSE volontaire et volontariste est dès lors une opportunité unique de redonner une vision d’ensemble, en proposant un récit de transformation. Ce récit développe une narration qui redonne du sens au cap poursuivi et démontre un impact tangible.
Au sein de ce rapport, on cisèle des messages et formats adaptés pour expliquer les transformations, mettre en exergue les projets et les acteurs qui délivrent de l’impact, ou encore faire preuve de pédagogie sur sa trajectoire et performance RSE… mais les plus audacieux vont désormais plus loin ! Le rapport prend une posture radicalement transparente : ils y expliquent les dilemmes et les insuffisances ou échecs rencontrés dans le déploiement de leur démarche RSE. Il peut aussi devenir militant : certaines entreprises utilisent désormais leur rapport RSE pour exprimer leur point de vue sur les changements que l’ensemble de leur secteur d’activité doit adopter pour devenir (plus) durable.
Tout l’enjeu du rapport RSE est désormais de trouver un équilibre entre compter et conter, en proposant aux lecteurs un récit de transformation qui dessine une trajectoire de changement rendue crédible par la démonstration d’un impact tangible et chiffré sur le terrain.
De quelle manière une stratégie RSE forte participe-t-elle de la compétitivité de l’entreprise ?
La RSE s’affirme comme un outil de pilotage stratégique de la performance financière d’une entreprise, car elle permet de mesurer l’ampleur des incidences financières avérées ou potentielles d’enjeux de durabilité sur l’entreprise. Elle est donc devenue partie intégrante d’une gestion des risques performante. Au-delà, la RSE constitue une boussole indispensable pour s’assurer de la résilience et pertinence future du business model face aux limites planétaires. Enfin, elle devient sur le terrain commercial un différenciateur compétitif : la capacité de l’entreprise à apporter des solutions face aux défis RSE concrets de ses clients peut faire la différence, à condition toutefois que ces solutions soient aussi performantes sur le plan économique et opérationnel.
Si vous deviez définir l’empreinte d’une entreprise, vous diriez…
Que l’empreinte d’une entreprise, c’est sa capacité à apporter une réponse aux défis de notre temps. Or, face à l’urgence de trouver les voies d’une transition écologique juste, les entreprises qui laisseront un héritage mémorable demain seront celles qui auront permis de concrétiser dès aujourd’hui des sociétés qui concilient respect des limites planétaire et prospérité pour le plus grand nombre.